Prédication, mardi, 3e semaine du Carême A

10 mars 2026

La démesure du pardon

Aujourd’hui, le frère André Descôteaux, O.P., met de l’avant le pardon divin de Dieu qui libère et fait vivre et nous invite à adopter nous-même une attitude de pardon qui nous libérera en plus de libérer ceux qui nous ont offensés.

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Prédication

Même si le pape demande aux ministres de la Parole de ne pas recourir à l’intelligence artificielle, je me suis permis de l’interroger sur la nécessité du pardon. La réponse est claire : « Le pardon est crucial pour libérer l’esprit du poids des rancœurs, réduisant la fatigue mentale, la colère et le stress, tout en favorisant la paix intérieure. Il est essentiel pour la santé émotionnelle et physique, permettant de lâcher prise sur le passé, de guérir de ses blessures et de restaurer des relations saines ». D’un point de vue purement psychologique ou encore de la santé, le pardon est bon. Le pardon est libérateur, car il empêche de s’enfermer dans l’aigreur. Le tort causé peut devenir un poison vinaigré qui tue la vie et mine la personne.

Dans l’évangile de ce jour, Jésus ne joue pas au psychologue. Pour lui, le pardon est essentiel dans le Royaume qu’il vient inaugurer. Pierre pense avoir compris. Il est bien fier quand il dit au Seigneur qu’il faut pardonner sept fois à son frère qui a commis une faute contre soi. Jésus va beaucoup plus loin que lui : « je ne te dis pas jusqu’à sept fois, mais jusqu’à 70 fois sept fois ». Et voilà qu’il illustre son enseignement par une parabole opposant deux extrêmes. Un serviteur doit une somme exorbitante à son maître. Il lui faudrait plusieurs centaines de siècles pour ramasser la somme due. Le maître saisi de compassion lui remet sa dette. Mais le serviteur gracié se montre insensible à la situation d’un compagnon qui lui doit une petite somme d’argent, l’équivalent de trois mois de salaire. Il l’envoie en prison jusqu’à ce qu’il lui ait remis son dû. Le maître a vent de son attitude. Il le condamne en lui disant : « ne devais-tu pas, à ton tour, avoir pitié de ton compagnon, comme moi-même j’avais eu pitié de toi ? »

Dans l’Écriture et, en particulier dans l’Évangile, éclate la miséricorde de Dieu pour l’humanité. Elle qui ne cesse de s’enfermer dans le cercle vicieux et mortifère de la haine et de la vengeance. Dieu vient le briser en offrant un pardon qui réconcilie. Un pardon où non seulement il rétablit la relation, mais où il nous redit que nous sommes ses enfants, que le mal que nous nous infligeons lui fait mal. Son pardon libère, remet debout et nous permet de marcher à nouveau dans la certitude d’être aimé d’un Dieu qui est notre Père. Comment alors être en communion avec ce Dieu si nous nous enfermons dans notre rancune, aussi justifiée soit-elle ? Un nouveau monde surgit ! Un monde réconcilié. La table est mise. Tous et toutes sont conviés à la fête. Comment encore ne pas rétablir les relations brisées avec celui qui est notre voisin de table et qui nous aurait blessé ? Comment garder dans son cœur de la haine ? Nous sommes dans l’ordre de la gratuité : la gratuité reçue, la gratuité partagée.

Il faut bien le reconnaître : le pardon est difficile. Le monde est compliqué. Dimanche, nous célébrions la journée internationale des droits de la femme, comment ne pas penser à toutes ces femmes victimes d’abus et de violence ? Que signifie pour elles pardonner ? Continuer à vivre avec leur conjoint violent au risque de leur vie et de celle de leurs enfants ? Certainement pas. Elles ont la responsabilité de se protéger elles-mêmes ainsi que leurs enfants ! Comment les victimes d’un acte criminel peuvent-elles pardonner ? La blessure peut être si profonde. Mais, ici et là, des démarches de réconciliation réparatrice sont proposées. Je suis toujours impressionné quand je vois deux mères, celle de la victime et celle de l’assassin, réussir à se parler et même à développer une amitié entre elles !

Comment entrer dans cette nouvelle dynamique du pardon, d’un pardon donné par Dieu sans mesure, jusqu’à la démesure même ? Peut-être en misant sur la patience infinie de Dieu qui sait de quoi nous sommes pétris. Il comprend que le pardon n’est pas magique et qu’il faut du temps. Du temps pour accepter la blessure infligée. Du temps pour que jaillisse en nous une lumière qui nous permette de libérer graduellement nos cœurs de la haine. Du temps pour que nous demandions au Seigneur de nous accompagner sur le chemin du pardon. Du temps pour que nous tentions de prier pour la personne auteur du mal qui nous a profondément atteints.

« Ce temps, Dieu nous le donne. C’est celui de notre vie, ouverte par le pardon sur la croix » (Journal la Croix, 9 mars 2026).

Fr. André Descôteaux, O.P.

 

PRIÈRE

Que ta grâce ne nous abandonne pas, Seigneur,
nous t’en prions :
qu’elle nous consacre à ton service
et nous obtienne toujours ton aide.
Par Jésus Christ, ton Fils, notre Seigneur,
qui vit et règne avec toi,
dans l’unité du Saint-Esprit,
Dieu, pour les siècles des siècles.

∞ Amen.