Prédication, samedi, 2e semaine du Carême A

7 mars 2026

Le véritable héros!

Aujourd’hui, le frère Peace Michael nous invite à explorer la parabole de l’enfant prodigue afin de découvrir la chance de se convertir. 

le véritable héros

Prédication

Frères et sœurs, chers étudiants, j’aimerais commencer cette méditation par avouer que j’aime beaucoup cette parabole de l’enfant prodigue. Elle est d’une richesse incroyable, presque comme un film dont chaque scène nous enseigne quelque chose. Et vous le savez : dans toute histoire, il y a généralement trois types de personnages. D’abord, le héros le protagoniste celui autour duquel tout tourne. Ensuite, l’anti‑héros l’antagoniste celui qui crée le conflit. Et enfin, les personnages secondaires, qui contribuent à faire avancer l’intrigue.

Avant d’essayer d’identifier ces trois figures dans la parabole d’aujourd’hui, prenons un instant pour regarder le contexte. Jésus est en route vers Jérusalem. Il enseigne les foules, et pendant ce temps, les Pharisiens et les scribes murmurent : ils lui reprochent de manger avec les pécheurs. Pour répondre à leurs critiques, Jésus raconte trois paraboles : celle de la brebis perdue, celle de la pièce d’argent perdue, et enfin celle que nous entendons aujourd’hui : la parabole du fils prodigue.

Les Pharisiens, eux, prônaient une observance rigoureuse de la Loi. Leur intention n’était pas mauvaise : ils voulaient, eux aussi, ramener les pécheurs à Dieu. Mais leur méthode posait un problème : pour eux, il fallait d’abord devenir pur avant de pouvoir s’asseoir à table. Jésus, lui, fait exactement l’inverse. Il rejoint les pécheurs tels qu’ils sont, il touche leur impureté, il ouvre un espace où la conversion devient possible. Il ne commence pas par juger ; il commence par accueillir. Et c’est ainsi qu’il agit encore aujourd’hui avec chacun, chacune de nous.

Revenons maintenant à notre question : qui est le héros de cette parabole ? Est‑ce le fils cadet, qui reconnaît sa faute et revient humblement ? Est‑ce le fils aîné, fidèle et obéissant ? Ou bien est‑ce le père, dont la patience et la miséricorde dépassent toute logique humaine ?

On appelle souvent ce récit « la parabole du fils prodigue », ce qui laisse penser que le cadet est le personnage principal. D’autres Bibles parlent du « fils perdu », ce qui ouvre la porte à une autre interprétation : et si le fils aîné était, lui aussi, un fils perdu ?

Pour comprendre, il faut relire le début du chapitre 15. Jésus raconte ces paraboles aux Pharisiens et aux scribes. Les pécheurs, eux, s’approchent de lui pour l’écouter. Le fils cadet représente donc ces pécheurs qui reviennent vers Dieu. Le fils aîné, lui, ressemble aux Pharisiens : fidèle en apparence, mais enfermé dans son jugement, incapable de se réjouir du retour de son frère.

Et regardez la différence entre les deux fils lorsque le père sort à leur rencontre. Le cadet commence par dire : « Père… » Il reconnaît la relation, même blessée. L’aîné, lui, commence par : « Voilà tant d’années… ! » Presque un reproche : comme s’il disait en langage de la génération Z « Regarde, vieux ! Je t’ai servi toutes ces années… » Son obéissance n’était pas un acte d’amour, mais un calcul. Le retour du cadet menace son héritage, et cela révèle son cœur : il ne voit plus son frère comme un frère, mais comme un rival. « Ce fils que voilà… » dit‑il. Pas mon frère. Ton fils.

Et pourtant, le père sort pour lui aussi. Il le supplie d’entrer dans la fête. Le père cherche les deux fils : celui qui s’est perdu loin de la maison, et celui qui s’est perdu dans la maison.

Frères et sœurs, nous pouvons tous, à certains moments, ressembler au fils prodigue : nous éloigner, nous tromper, nous perdre. Et parfois, nous ressemblons au fils aîné : persuadés d’être irréprochables, des bons et bonnes catholiques mais incapables de nous réjouir de la miséricorde accordée aux autres.

Certains chrétiens super catholiques dans la tête veulent une Église moitié terroriste, qui utilise la culpabilité comme arme nucléaire, une église qui condamne avant d’écouter, une église qui mettrait tous ceux et celles qui souffrent déjà de la vie injuste ou qui cherchent leur chemin de salut dans d’autres religion à savoir : les divorcés, les homosexuels, les musulmans et les catholiques qui mangent avec les prêcheurs etc… Pour eux, il faut utiliser l’exclusion pour chasser les péchés et la méthode efficace serait de chasser les pêcheurs. Pourtant la méthode de Jésus qui fait bon accueil aux pécheurs c’est de les faire revenir à Dieu tout en restaurant leur dignité bafouée par le péché. Jésus n’encourage pas le péché, Il invite au changement « Va et ne pèche plus », comme si Jésus disait : personne ne t’a condamné, moi ton Dieu je ne te condamne pas non plus mais va et ne pèche plus, change ta vie mon fils, ma fille, je suis là et je te pardonne. Pour Jésus, pardonner ce n’est pas encourager c’est plutôt donner la chance de se convertir. Une Église qui pardonne pas n’en est pas une.

La vraie question est donc : quand nous revenons vers Dieu, pourquoi revenons‑nous ? Par peur ? Par intérêt ? Ou par amour ? Et une fois pardonnés, comment vivons‑nous ce pardon ? Comment le faisons‑nous fructifier ?

Prions les uns pour les autres, afin que ce Carême soit pour nous un chemin de vérité et de conversion. Demandons la grâce de reconnaître notre pauvreté, de recevoir la miséricorde du Père, et surtout de savoir en vivre. Que jamais aucun de nous ne reste loin de la maison du Père, ce Père qui nous aime sans condition et qui nous attend toujours. Amen.

Fr. Peace Michael A. Mushimiyimana, O.P.

 

PRIÈRE

Seigneur Dieu,
par les secours de ta grâce divine,
tu nous associes déjà aux biens du ciel
alors que nous sommes encore sur la terre ;
nous t’en prions :
dirige-nous toi-même en cette vie
afin de nous conduire jusqu’à cette lumière où tu demeures.
Par Jésus Christ, ton Fils, notre Seigneur,
qui vit et règne avec toi,
dans l’unité du Saint-Esprit,
Dieu, pour les siècles des siècles.

∞ Amen.