16 janvier 2026
Une confiance porteuse
Aujourd’hui, le frère Daniel Cadrin, O.P., nous invite à constater que la foi n’est pas l’affaire d’une seule personne, mais qu’elle est souvent aussi portée par le Christ et par ceux qui nous entourent.
PREMIER LIVRE DE SAMUEL (8, 4-7.10-22a)
En ces jours-là, tous les anciens d’Israël se réunirent et vinrent trouver Samuel à Rama. Ils lui dirent : « Tu es devenu vieux, et tes fils ne marchent pas sur tes traces. Maintenant donc, établis, pour nous gouverner, un roi comme en ont toutes les nations. » Samuel fut mécontent parce qu’ils avaient dit : « Donne-nous un roi pour nous gouverner », et il se mit à prier le Seigneur. Or, le Seigneur lui répondit : « Écoute la voix du peuple en tout ce qu’ils te diront. Ce n’est pas toi qu’ils rejettent, c’est moi qu’ils rejettent : ils ne veulent pas que je règne sur eux. »
Samuel rapporta toutes les paroles du Seigneur au peuple qui lui demandait un roi. Et il dit : « Tels seront les droits du roi qui va régner sur vous. Vos fils, il les prendra, il les affectera à ses chars et à ses chevaux, et ils courront devant son char. Il les utilisera comme officiers de millier et comme officiers de cinquante hommes ; il les fera labourer et moissonner à son profit, fabriquer ses armes de guerre et les pièces de ses chars. Vos filles, il les prendra pour la préparation de ses parfums, pour sa cuisine et pour sa boulangerie. Les meilleurs de vos champs, de vos vignes et de vos oliveraies, il les prendra pour les donner à ses serviteurs. Sur vos cultures et vos vignes il prélèvera la dîme, pour la donner à ses dignitaires et à ses serviteurs. Les meilleurs de vos serviteurs, de vos servantes et de vos jeunes gens, ainsi que vos ânes, il les prendra et les fera travailler pour lui. Sur vos troupeaux, il prélèvera la dîme, et vous-mêmes deviendrez ses esclaves. Ce jour-là, vous pousserez des cris à cause du roi que vous aurez choisi, mais, ce jour-là, le Seigneur ne vous répondra pas ! »
Le peuple refusa d’écouter Samuel et dit : « Non ! il nous faut un roi ! Nous serons, nous aussi, comme toutes les nations ; notre roi nous gouvernera, il marchera à notre tête et combattra avec nous. » Samuel écouta toutes les paroles du peuple et les répéta aux oreilles du Seigneur. Et le Seigneur lui dit : « Écoute-les, et qu’un roi règne sur eux ! »
ÉVANGILE DE JÉSUS CHRIST SELON SAINT MARC (2, 1-12)
Quelques jours après la guérison d’un lépreux, Jésus revint à Capharnaüm, et l’on apprit qu’il était à la maison. Tant de monde s’y rassembla qu’il n’y avait plus de place, pas même devant la porte, et il leur annonçait la Parole.
Arrivent des gens qui lui amènent un paralysé, porté par quatre hommes. Comme ils ne peuvent l’approcher à cause de la foule, ils découvrent le toit au-dessus de lui, ils font une ouverture, et descendent le brancard sur lequel était couché le paralysé. Voyant leur foi, Jésus dit au paralysé : « Mon enfant, tes péchés sont pardonnés. »
Or, il y avait quelques scribes, assis là, qui raisonnaient en eux-mêmes : « Pourquoi celui-là parle-t-il ainsi ? Il blasphème. Qui donc peut pardonner les péchés, sinon Dieu seul ? »
Percevant aussitôt dans son esprit les raisonnements qu’ils se faisaient, Jésus leur dit : « Pourquoi tenez-vous de tels raisonnements ? Qu’est-ce qui est le plus facile ? Dire à ce paralysé : “Tes péchés sont pardonnés”, ou bien lui dire : “Lève-toi, prends ton brancard et marche” ? Eh bien ! Pour que vous sachiez que le Fils de l’homme a autorité pour pardonner les péchés sur la terre… – Jésus s’adressa au paralysé – je te le dis, lève-toi, prends ton brancard, et rentre dans ta maison. » Il se leva, prit aussitôt son brancard, et sortit devant tout le monde.
Tous étaient frappés de stupeur et rendaient gloire à Dieu, en disant : « Nous n’avons jamais rien vu de pareil. »
Prédication
Nous voudrions parfois que nos vies soient entièrement entre nos mains, que nous puissions en contrôler le parcours et ne rien devoir à personne. Du moins, est-ce un modèle qui nous est proposé et que nous essayons de réaliser. Ou au contraire, nous ressentons nos vies comme un destin sans prise, une suite de fatalités auxquelles nous n’avons qu’à nous résigner, paralysés par notre passé et nos blessures. Cela aussi nous est proposé de bien des manières. Nous oscillons entre ces deux voies, entre le sentiment de toute-puissance, qui nous exalte et nous enferme en nous-mêmes, et celui de l’impuissance, qui nous accable et nous rend passifs. Ces sentiments jouent dans notre vie de foi et notre perception de la présence de Dieu. L’exaltation de soi donne une spiritualité du mérite où tout dépend de ce que je fais ; Dieu, tenu à distance, n’a qu’à donner son dû à ceux qui l’ont gagné. Le mépris de soi produit une spiritualité de l’inconsistance où nos efforts ne comptent pour rien ; Dieu est si loin de nos misères sans rémission, sans importance.
Le récit de Marc vient questionner ces deux approches, qui nous déshumanisent et ignorent tant la vérité de notre condition que celle du don de Dieu. Pour que la vie du paralysé soit changée, il a fallu plusieurs intervenants : les gens qui l’amènent à Jésus, les quatre porteurs, puis Jésus, et enfin le paralysé. Les premiers, faisant face à un obstacle, trouvent une solution inventive pour que le paralysé rencontre Jésus personnellement. Le pardon, puis la guérison donnée par Jésus, ne sont pas ici rattachés à l’affirmation de foi du malade, mais à celle des gens qui l’ont amené et porté : “voyant leur foi”. Nous n’arrivons pas à Jésus tout seul, à force de nos poignets : d’autres souvent nous y conduisent, c’est leur confiance qui nous porte quand nous-mêmes ne pouvons plus bouger. Mais le paralysé prend aussi sa part dans cette transformation. Jésus l’appelle à se lever, à prendre son grabat et à marcher. Il prend ce qui était le signe même de son impuissance, le brancard, et il le porte au lieu que celui-ci le porte.
C’est à la fois l’action confiante de ses proches et la parole vivifiante de Jésus qui transforment la vie du paralysé. Il est maintenant capable d’aller et de réintégrer une vie normale, il se tient debout et marche. Cela dit la force de résurrection du Christ vivant, qui remet les gens dans leur dignité, et cela dit le rôle central des personnes qui font le relais pour rendre accessible la parole qui guérit. Ces actions conjuguées portent un fruit de vie renouvelée : l’homme prit aussitôt son brancard. Un élan de vie intense anime maintenant cet homme.
On pourrait croire que cette transformation va susciter l’étonnement joyeux de tous. Mais quelques scribes sont choqués par la parole de pardon de Jésus. Et pour cause ! En pardonnant, Jésus rend Dieu très proche, tout près de la vie des gens et la transformant. Tout n’est pas figé. Pour découvrir la présence libératrice de Dieu dans nos vies, les médiations ne sont pas lointaines et inaccessibles. Dieu se montre attentif en des figures humaines, soucieuses de notre condition, porteuses de notre fragilité. Sa miséricorde recréatrice se donne à voir dans un visage, celui du Fils de l’homme, signe premier de la grâce de Dieu, le rendant accessible plus que tout système de rectitude. Ces scribes se sentent probablement menacés dans leur vision religieuse elle-même, où chacun a sa place précise et où celle de Dieu est bien au-dessus, ne pouvant quitter son éloignement sans risque de se dissoudre. Mais Jésus brise ici les frontières du sacré et ébranle un ordre du monde bien construit. Cette proximité du divin, qui remet debout, peut faire s’écrouler tout l’échafaudage de l’accès au sacré. Ces scribes seront conséquents avec eux-mêmes quand plus tard ils comploteront contre Jésus.
Dans ce récit, nous pouvons nous reconnaître dans le paralysé comme dans les scribes, mais peut-être aussi dans les gens et les porteurs qui ont amené l’homme à Jésus. Si nous-mêmes sommes portés par la foi des autres, nous pouvons à notre tour servir de porteurs, pour que d’autres accèdent à la parole qui transforme.
Fr. Daniel Cadrin, O.P.
PRIÈRE
Dieu de puissance et de miséricorde,
éloigne de nous, dans ta bonté, tout ce qui nous arrête,
afin que sans aucune entrave, ni d’esprit ni de corps,
nous accomplissions d’un cœur libre ce qui vient de toi.
Par Jésus Christ, ton Fils, notre Seigneur,
qui vit et règne avec toi,
dans l’unité du Saint-Esprit,
Dieu, pour les siècles des siècles.
∞ Amen.
