Prédication, 1er jeudi du temps ordinaire A

15 janvier 2026

Un témoin... encombrant !

Aujourd’hui, le frère Ghislain Paris, O.P., nous invite à réfléchir et à faire preuve de précaution, car, bien qu’il soit bon de témoigner de sa foi, il semblerait que certaines façons de témoigner soient plutôt contre-productives…

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Prédication

Les gens aiment entendre témoigner. La pub le sait bien qui utilise les « stars » pour nous convaincre d’acheter un produit. Dans la foi aussi, savoir donner son témoignage est important! Aujourd’hui, un homme socialement exclu par sa maladie, un lépreux guéri témoigne. L’évangéliste Marc souligne cependant qu’il ne livre pas la marchandise!

Cette rencontre à deux avait pourtant bien commencé : le malade tombe à genoux en adorant, transgressant la distance imposée par sa lèpre. Il sollicite le meilleur en Jésus : Si tu le veux, tu peux me purifier! Jésus est atteint au plus intime de lui-même: « pris de pitié », « pogné aux tripes », « remué jusqu’en ses entrailles », il accorde donc la première partie de la demande au suppliant : je le veux. Par après, Jésus ne répond pas : je peux te purifier; plutôt sois purifié. Au passif, la manière juive de dire : Dieu intervient; mon pouvoir vient de Lui, s’exerce avec Lui, le troisième joueur dans notre rencontre. Le guéri, invité à collaborer, n’y parvient pas.

D’autres manuscrits de ce texte soulignent d’ailleurs ainsi le second sentiment de Jésus : « pris de colère », « pris d’un grognement », « contrarié ». Le guéri n’accepte pas toute sa volonté. Il refuse le témoignage imposé et la manière de réintégrer les réseaux sociaux de sa société : « Attention! » « Ne dis rien à personne! » « Va te montrer au prêtre ». Jésus s’attelle à la purification complète de l’exclu; il veut chasser à sa racine le « mauvais esprit » du guéri. Mais il n’en fait qu’à sa tête. Il réintègre la communauté à sa façon, confiant dans le don extraordinaire de ce thaumaturge, une sorte de superman populaire. Il en parle beaucoup, et tout de suite… répandant une fausse image de cette puissance. Jésus corrigera souvent cette interprétation erronée de son pouvoir guérisseur. Ce nouveau disciple dérange même son projet pastoral : les plans d’évangélisation mûrement réfléchis dans sa prière personnelle ne marchent plus! Jésus devient lui-même un exclu. Son pouvoir de circuler librement est enrayé : il doit éviter les lieux habités. L’attraction profonde de Jésus opère quand même : « De partout on venait à lui », mais cela ne se passe pas comme prévu.

Dans notre témoignage parfois flamboyant, dans notre démangeaison de parler, pouvons-nous devenir un obstacle pastoral à Jésus? Des disciples, pourtant spirituellement guéris, pourraient-ils parler du Seigneur à temps et à contretemps, sans bien apprécier Sa puissance à l’œuvre en eux et parmi nous? Bousillent-ils, sans le vouloir, la pastorale actuelle du Maître dans notre société et/ou nos communautés chrétiennes? Pouvons-nous emprunter un chemin plus humble de maturation personnelle et acquérir ainsi un droit de parole purifié?

Fr. Ghislain Paris, O.P.

 

PRIÈRE

Seigneur Dieu,
par toi nous vient la rédemption,
par toi nous est donnée l’adoption filiale ;
dans ta bonté, regarde avec amour tes enfants ;
à ceux qui croient au Christ,
accorde la vraie liberté et la vie éternelle.
Par Jésus Christ, ton Fils, notre Seigneur,
qui vit et règne avec toi,
dans l’unité du Saint-Esprit,
Dieu, pour les siècles des siècles.

∞ Amen.