13 janvier 2026
Savoir n'est pas croire
Aujourd’hui, le frère André Descôteaux, O.P., nous explique la distinction entre savoir quelque chose sur Dieu et croire en Lui, tel que démontré dans les lectures du jour, et qu’est-ce que qui fait que la foi sauve, mais le savoir non.
PREMIER LIVRE DE SAMUEL (1, 9-20)
En ces jours-là, Anne se leva, après qu’ils eurent mangé et bu à Silo. Le prêtre Éli était assis sur son siège, à l’entrée du sanctuaire du Seigneur. Anne, pleine d’amertume, se mit à prier le Seigneur et pleura abondamment. Elle fit un vœu en disant : « Seigneur de l’univers ! Si tu veux bien regarder l’humiliation de ta servante, te souvenir de moi, ne pas m’oublier, et me donner un fils, je le donnerai au Seigneur pour toute sa vie, et le rasoir ne passera pas sur sa tête. »
Tandis qu’elle prolongeait sa prière devant le Seigneur, Éli observait sa bouche. Anne parlait dans son cœur : seules ses lèvres remuaient, et l’on n’entendait pas sa voix. Éli pensa qu’elle était ivre et lui dit : « Combien de temps vas-tu rester ivre ? Cuve donc ton vin ! »
Anne répondit : « Non, mon seigneur, je ne suis qu’une femme affligée, je n’ai bu ni vin ni boisson forte ; j’épanche mon âme devant le Seigneur. Ne prends pas ta servante pour une vaurienne : c’est l’excès de mon chagrin et de mon dépit qui m’a fait prier aussi longtemps. » Éli lui répondit : « Va en paix, et que le Dieu d’Israël t’accorde ce que tu lui as demandé. » Anne dit alors : « Que ta servante trouve grâce devant toi ! » Elle s’en alla, elle se mit à manger, et son visage n’était plus le même.
Le lendemain, Elcana et les siens se levèrent de bon matin. Après s’être prosternés devant le Seigneur, ils s’en retournèrent chez eux, à Rama. Elcana s’unit à Anne sa femme, et le Seigneur se souvint d’elle. Anne conçut et, le temps venu, elle enfanta un fils ; elle lui donna le nom de Samuel (c’est-à-dire : Dieu exauce) car, disait-elle, « Je l’ai demandé au Seigneur. »
ÉVANGILE DE JÉSUS CHRIST SELON SAINT MARC (1, 21-28)
Jésus et ses disciples entrèrent à Capharnaüm. Aussitôt, le jour du sabbat, il se rendit à la synagogue, et là, il enseignait. On était frappé par son enseignement, car il enseignait en homme qui a autorité, et non pas comme les scribes.
Or, il y avait dans leur synagogue un homme tourmenté par un esprit impur, qui se mit à crier : « Que nous veux-tu, Jésus de Nazareth ? Es-tu venu pour nous perdre ? Je sais qui tu es : tu es le Saint de Dieu. » Jésus l’interpella vivement : « Tais-toi ! Sors de cet homme. » L’esprit impur le fit entrer en convulsions, puis, poussant un grand cri, sortit de lui.
Ils furent tous frappés de stupeur et se demandaient entre eux : « Qu’est-ce que cela veut dire ? Voilà un enseignement nouveau, donné avec autorité ! Il commande même aux esprits impurs, et ils lui obéissent. »
Sa renommée se répandit aussitôt partout, dans toute la région de la Galilée.
Prédication
Une pauvre femme, Anne, vient prier. Elle veut présenter à Dieu sa peine de ne pas avoir eu d’enfant. Elle doit être déconsidérée à cause de sa stérilité. Mais, surtout, son désir de donner la vie, de tenir dans ses bras un enfant, ne s’est jamais réalisé. Elle en souffre profondément. Le prêtre Éli se méprend totalement. Il pense qu’elle est ivre et la rabroue.
Combien de personnes et en particulier de femmes ont vécu de semblables expériences de la part des ministres du Seigneur ? Dans l’histoire du Québec, combien de femmes, sur les questions de maternité justement, ont rencontré un mur lorsqu’elles présentaient leur situation à un prêtre ? L’Église paie encore le prix de cette dureté. Si plusieurs femmes se sont révoltées, d’autres, comme Anne, ont tenu bon dans leur foi. Anne ne se laisse pas arrêter par les remarques désobligeantes d’Éli. Elle a foi en son Dieu. Elle expose tout simplement sa douleur. Éli, touché par Anne, lui promet qu’elle aura un enfant et elle engendrera le grand Samuel !
Dans l’Évangile, nous rencontrons un homme possédé. Il ne vit pas sa vie, car, comme le dit justement le texte, il est possédé. Nous le constatons facilement quand, à la vue de Jésus, il se met à crier. Ce n’est pas lui qui parle, mais l’esprit impur qui le domine. Celui-ci sait justement le sort qui l’attend. « Es-tu venu pour nous perdre ? » Il le sait, car il sait qui est ce Jésus qui commence à peine à se manifester. Il est « le Saint de Dieu ». Il sait, mais ne croit pas. Savoir n’est donc pas croire. Croire ne se réduit pas à connaître une série d’énoncés sur Dieu. Lors du passage des Mages à Jérusalem qui demandent où le roi des Juifs était né, les docteurs de la Loi connaissent la réponse. Il devrait naître à Bethléem. Alors que les Mages, dans la foi, s’y rendent, les spécialistes enfermés dans leur savoir restent sur place et partagent l’inquiétude du roi Hérode.
Comme le dit le pape Benoît XVI « La foi n’est pas un simple accord intellectuel de l’homme avec des vérités particulières sur Dieu ; c’est un acte à travers lequel on s’en remet librement à un Dieu qui est Père et qui m’aime ; c’est l’adhésion à un « Toi » qui me donne espérance et confiance. Bien sûr, cette adhésion à Dieu n’est pas privée de contenus : avec elle, nous sommes conscients que Dieu lui-même s’est montré à nous dans le Christ, a fait voir son visage et s’est fait réellement proche de chacun de nous. […] Avoir foi, alors, c’est rencontrer ce « Toi », Dieu, qui me soutient et m’accorde la promesse d’un amour indestructible qui non seulement aspire à l’éternité, mais la donne ; c’est m’en remettre à Dieu avec l’attitude d’un enfant, qui sait bien que toutes ses difficultés, tous ses problèmes sont à l’abri dans le « toi » de la mère. Et cette possibilité de salut à travers la foi est un don que Dieu offre à tous les hommes. » (Audience générale, 24 octobre 2022).
Dans l’Évangile, le savoir sans la foi de l’esprit impur le conduit à sa perte. Il ne peut résister à la parole libératrice du Sauveur : « Tais-toi, sors de cet homme ! Poussant un grand cri, il sortit de lui ».
Deux expériences : la foi d’une simple femme, la confiance en Dieu qui ouvre un chemin. Le savoir d’un esprit impur, qui n’est pas faux, mais qui se refuse au saut de la foi. C’est par la foi que l’être humain est sauvé. La foi, c’est la clé qui permet l’ouverture d’un monde nouveau pour l’être humain. Paul ne cessera de l’enseigner. Pour autant, la foi n’est pas absurde, comme le rappelle le pape Benoît XVI. D’ailleurs, dans la deuxième lettre à Timothée, nous lisons ‘je sais en qui j’ai mis ma foi’. Mettre sa foi et découvrir toujours davantage celui en qui nous croyons, celui qui nous donne la vie au point que nous pouvons nous aussi communiquer sa vie, celui qui nous libère des forces du mal pour que nous devenions ses frères et sœurs, fils et filles du même Père.
Amen.
Fr. André Descôteaux, O.P.
PRIÈRE
Seigneur Dieu, source de tout bien,
réponds sans te lasser à notre appel :
inspire-nous de discerner ce qui est juste,
et dirige-nous pour que nous puissions l’accomplir.
Par Jésus Christ, ton Fils, notre Seigneur,
qui vit et règne avec toi,
dans l’unité du Saint-Esprit,
Dieu, pour les siècles des siècles.
∞ Amen.
