Prédication, 1er mardi du temps ordinaire A

13 janvier 2026

Savoir n'est pas croire

Aujourd’hui, le frère André Descôteaux, O.P., nous explique la distinction entre savoir quelque chose sur Dieu et croire en Lui, tel que démontré dans les lectures du jour, et qu’est-ce que qui fait que la foi sauve, mais le savoir non.

predication-savoir-n-est-pas-croire

Prédication

Une pauvre femme, Anne, vient prier. Elle veut présenter à Dieu sa peine de ne pas avoir eu d’enfant. Elle doit être déconsidérée à cause de sa stérilité. Mais, surtout, son désir de donner la vie, de tenir dans ses bras un enfant, ne s’est jamais réalisé. Elle en souffre profondément. Le prêtre Éli se méprend totalement. Il pense qu’elle est ivre et la rabroue.

Combien de personnes et en particulier de femmes ont vécu de semblables expériences de la part des ministres du Seigneur ? Dans l’histoire du Québec, combien de femmes, sur les questions de maternité justement, ont rencontré un mur lorsqu’elles présentaient leur situation à un prêtre ? L’Église paie encore le prix de cette dureté. Si plusieurs femmes se sont révoltées, d’autres, comme Anne, ont tenu bon dans leur foi. Anne ne se laisse pas arrêter par les remarques désobligeantes d’Éli. Elle a foi en son Dieu. Elle expose tout simplement sa douleur. Éli, touché par Anne, lui promet qu’elle aura un enfant et elle engendrera le grand Samuel !

Dans l’Évangile, nous rencontrons un homme possédé. Il ne vit pas sa vie, car, comme le dit justement le texte, il est possédé. Nous le constatons facilement quand, à la vue de Jésus, il se met à crier. Ce n’est pas lui qui parle, mais l’esprit impur qui le domine. Celui-ci sait justement le sort qui l’attend. « Es-tu venu pour nous perdre ? » Il le sait, car il sait qui est ce Jésus qui commence à peine à se manifester. Il est « le Saint de Dieu ». Il sait, mais ne croit pas. Savoir n’est donc pas croire. Croire ne se réduit pas à connaître une série d’énoncés sur Dieu. Lors du passage des Mages à Jérusalem qui demandent où le roi des Juifs était né, les docteurs de la Loi connaissent la réponse. Il devrait naître à Bethléem. Alors que les Mages, dans la foi, s’y rendent, les spécialistes enfermés dans leur savoir restent sur place et partagent l’inquiétude du roi Hérode.

Comme le dit le pape Benoît XVI « La foi n’est pas un simple accord intellectuel de l’homme avec des vérités particulières sur Dieu ; c’est un acte à travers lequel on s’en remet librement à un Dieu qui est Père et qui m’aime ; c’est l’adhésion à un « Toi » qui me donne espérance et confiance. Bien sûr, cette adhésion à Dieu n’est pas privée de contenus : avec elle, nous sommes conscients que Dieu lui-même s’est montré à nous dans le Christ, a fait voir son visage et s’est fait réellement proche de chacun de nous. […] Avoir foi, alors, c’est rencontrer ce « Toi », Dieu, qui me soutient et m’accorde la promesse d’un amour indestructible qui non seulement aspire à l’éternité, mais la donne ; c’est m’en remettre à Dieu avec l’attitude d’un enfant, qui sait bien que toutes ses difficultés, tous ses problèmes sont à l’abri dans le « toi » de la mère. Et cette possibilité de salut à travers la foi est un don que Dieu offre à tous les hommes. » (Audience générale, 24 octobre 2022).

Dans l’Évangile, le savoir sans la foi de l’esprit impur le conduit à sa perte. Il ne peut résister à la parole libératrice du Sauveur : « Tais-toi, sors de cet homme ! Poussant un grand cri, il sortit de lui ».

Deux expériences : la foi d’une simple femme, la confiance en Dieu qui ouvre un chemin. Le savoir d’un esprit impur, qui n’est pas faux, mais qui se refuse au saut de la foi. C’est par la foi que l’être humain est sauvé. La foi, c’est la clé qui permet l’ouverture d’un monde nouveau pour l’être humain. Paul ne cessera de l’enseigner. Pour autant, la foi n’est pas absurde, comme le rappelle le pape Benoît XVI. D’ailleurs, dans la deuxième lettre à Timothée, nous lisons ‘je sais en qui j’ai mis ma foi’. Mettre sa foi et découvrir toujours davantage celui en qui nous croyons, celui qui nous donne la vie au point que nous pouvons nous aussi communiquer sa vie, celui qui nous libère des forces du mal pour que nous devenions ses frères et sœurs, fils et filles du même Père.

Amen.

Fr. André Descôteaux, O.P.

 

PRIÈRE

Seigneur Dieu, source de tout bien,
réponds sans te lasser à notre appel :
inspire-nous de discerner ce qui est juste,
et dirige-nous pour que nous puissions l’accomplir.
Par Jésus Christ, ton Fils, notre Seigneur,
qui vit et règne avec toi,
dans l’unité du Saint-Esprit,
Dieu, pour les siècles des siècles.

∞ Amen.