Prédication, samedi du temps de Noël après l’Épiphanie A

10 janvier 2026

Au cœur de notre nuit

Aujourd’hui, Pierrot Lambert, laïc dominicain, nous invite à vivre l’expérience de la nuit et de l’aurore avec lui comme une analogie d’espérance, comme le peuple d’Israël attendant la venue d’un enfant, d’un Messie.

predication-au-coeur-de-notre-nuit

Prédication

L’Alléluia de la liturgie d’aujourd’hui proclame le texte d’Isaïe 9,2 : « Le peuple qui marchait dans les ténèbres a vu se lever une grande lumière ».

Isaïe donne des motifs d’espérance à un peuple menacé par la guerre. Ces motifs sont reliés à la naissance d’un enfant. Isaïe annonce l’Emmanuel, Dieu-avec-nous. Jésus proclamera : « Je suis la lumière du monde. Qui me suit ne marchera pas dans les ténèbres, mais aura la lumière de la vie » (Jean 8, 12).

Une expérience personnelle de la nuit permet de bien apprécier l’image de l’illumination du ciel.

Étudiant, jadis, j’ai travaillé comme gardien de nuit sur le mont Royal. J’ai vécu là une expérience inoubliable. J’ai découvert la progression de la lumière au cœur de la nuit montréalaise.

Le veilleur qui contemple le ciel depuis la montagne au milieu de la nuit voit se préciser un contraste entre la vue du côté Ouest et celle du côté Est. La vue du côté Est est fascinante. La noirceur prend une teinte de bleu, puis une coulée d’or se concrétise lentement, progressivement.

Il m’est arrivé d’écouter le Messie de Haendel par segments, entre mes rondes autour de la Croix lumineuse et de l’antenne de télévision. Et bien sûr, j’étais touché particulièrement par le passage d’Isaïe 9,2 (« Le peuple qui marchait dans les ténèbres a vu se lever une grande lumière »), chanté par un baryton, juste avant le chœur proclamant : « Un enfant nous est né ».

La nuit révèle, aux « petites heures », la naissance de l’aurore.

L’entrée progressive de la lumière dessine l’horizon. La crête des montagnes au loin se précise. L’expérience de la nuit c’est à la fois celle d’une présence à soi plus intense et celle d’une sorte de conversion du regard.

La ville dormait. Du haut de la montagne, je remarquais ça et là des « signes de vie » dans les mouvements d’autres veilleurs solitaires. J’apprivoisais ma propre solitude, dans un étonnement cosmique devant une « liturgie des heures » qui me dépassait et m’enveloppait à la fois.

Le veilleur qui attend l’aurore est d’abord attentif à son lointain avènement. L’expérience religieuse de la nuit et de l’aurore peut être vécue comme un discernement progressif. Discernement d’une luminosité, discernement d’une présence, dans l’attention au silence habité par Dieu. Saint Jean affirme, dans sa première lettre : « il nous écoute ».

Pierrot Lambert, L.O.P.
Fraternité laïque dominicaine Albert-le-Grand.

 

PRIÈRE

Dieu éternel et tout-puissant,
tu as voulu que, par ton Fils unique,
nous devenions pour toi une création nouvelle ;
nous t’en prions :
fais que, par ta grâce,
nous soyons configurés à celui
en qui notre nature est unie à la tienne.
Lui qui vit et règne avec toi,
dans l’unité du Saint-Esprit,
Dieu, pour les siècles des siècles.

∞ Amen.