10 janvier 2026
Au cœur de notre nuit
Aujourd’hui, Pierrot Lambert, laïc dominicain, nous invite à vivre l’expérience de la nuit et de l’aurore avec lui comme une analogie d’espérance, comme le peuple d’Israël attendant la venue d’un enfant, d’un Messie.
PREMIÈRE LETTRE DE SAINT JEAN (5, 14-21)
Bien-aimés, voici l’assurance que nous avons auprès de Dieu : si nous faisons une demande selon sa volonté, il nous écoute. Et, puisque nous savons qu’il nous écoute en toutes nos demandes, nous savons aussi que nous obtenons ce que nous lui avons demandé.
Si quelqu’un voit son frère commettre un péché qui n’entraîne pas la mort, il demandera, et Dieu lui donnera la vie, – cela vaut pour ceux dont le péché n’entraîne pas la mort. Il y a un péché qui entraîne la mort, ce n’est pas pour celui-là que je dis de prier. Toute conduite injuste est péché, mais tout péché n’entraîne pas la mort.
Nous le savons : ceux qui sont nés de Dieu ne commettent pas de péché ; le Fils engendré par Dieu les protège et le Mauvais ne peut pas les atteindre. Nous savons que nous sommes de Dieu, alors que le monde entier est au pouvoir du Mauvais. Nous savons aussi que le Fils de Dieu est venu nous donner l’intelligence pour que nous connaissions Celui qui est vrai ; et nous sommes en Celui qui est vrai, en son Fils Jésus Christ. C’est lui qui est le Dieu vrai, et la vie éternelle.
Petits enfants, gardez-vous des idoles.
ÉVANGILE DE JÉSUS CHRIST SELON SAINT JEAN (3, 22-30)
En ce temps-là, Jésus se rendit en Judée, ainsi que ses disciples ; il y séjourna avec eux, et il baptisait. Jean, quant à lui, baptisait à Aïnone, près de Salim, où l’eau était abondante. On venait là pour se faire baptiser. En effet, Jean n’avait pas encore été mis en prison.
Or, il y eut une discussion entre les disciples de Jean et un Juif au sujet des bains de purification. Ils allèrent trouver Jean et lui dirent : « Rabbi, celui qui était avec toi de l’autre côté du Jourdain, celui à qui tu as rendu témoignage, le voilà qui baptise, et tous vont à lui ! »
Jean répondit : « Un homme ne peut rien s’attribuer, sinon ce qui lui est donné du Ciel. Vous-mêmes pouvez témoigner que j’ai dit : Moi, je ne suis pas le Christ, mais j’ai été envoyé devant lui. Celui à qui l’épouse appartient, c’est l’époux ; quant à l’ami de l’époux, il se tient là, il entend la voix de l’époux, et il en est tout joyeux. Telle est ma joie : elle est parfaite. Lui, il faut qu’il grandisse ; et moi, que je diminue. »
Prédication
L’Alléluia de la liturgie d’aujourd’hui proclame le texte d’Isaïe 9,2 : « Le peuple qui marchait dans les ténèbres a vu se lever une grande lumière ».
Isaïe donne des motifs d’espérance à un peuple menacé par la guerre. Ces motifs sont reliés à la naissance d’un enfant. Isaïe annonce l’Emmanuel, Dieu-avec-nous. Jésus proclamera : « Je suis la lumière du monde. Qui me suit ne marchera pas dans les ténèbres, mais aura la lumière de la vie » (Jean 8, 12).
Une expérience personnelle de la nuit permet de bien apprécier l’image de l’illumination du ciel.
Étudiant, jadis, j’ai travaillé comme gardien de nuit sur le mont Royal. J’ai vécu là une expérience inoubliable. J’ai découvert la progression de la lumière au cœur de la nuit montréalaise.
Le veilleur qui contemple le ciel depuis la montagne au milieu de la nuit voit se préciser un contraste entre la vue du côté Ouest et celle du côté Est. La vue du côté Est est fascinante. La noirceur prend une teinte de bleu, puis une coulée d’or se concrétise lentement, progressivement.
Il m’est arrivé d’écouter le Messie de Haendel par segments, entre mes rondes autour de la Croix lumineuse et de l’antenne de télévision. Et bien sûr, j’étais touché particulièrement par le passage d’Isaïe 9,2 (« Le peuple qui marchait dans les ténèbres a vu se lever une grande lumière »), chanté par un baryton, juste avant le chœur proclamant : « Un enfant nous est né ».
La nuit révèle, aux « petites heures », la naissance de l’aurore.
L’entrée progressive de la lumière dessine l’horizon. La crête des montagnes au loin se précise. L’expérience de la nuit c’est à la fois celle d’une présence à soi plus intense et celle d’une sorte de conversion du regard.
La ville dormait. Du haut de la montagne, je remarquais ça et là des « signes de vie » dans les mouvements d’autres veilleurs solitaires. J’apprivoisais ma propre solitude, dans un étonnement cosmique devant une « liturgie des heures » qui me dépassait et m’enveloppait à la fois.
Le veilleur qui attend l’aurore est d’abord attentif à son lointain avènement. L’expérience religieuse de la nuit et de l’aurore peut être vécue comme un discernement progressif. Discernement d’une luminosité, discernement d’une présence, dans l’attention au silence habité par Dieu. Saint Jean affirme, dans sa première lettre : « il nous écoute ».
Pierrot Lambert, L.O.P.
Fraternité laïque dominicaine Albert-le-Grand.
PRIÈRE
Dieu éternel et tout-puissant,
tu as voulu que, par ton Fils unique,
nous devenions pour toi une création nouvelle ;
nous t’en prions :
fais que, par ta grâce,
nous soyons configurés à celui
en qui notre nature est unie à la tienne.
Lui qui vit et règne avec toi,
dans l’unité du Saint-Esprit,
Dieu, pour les siècles des siècles.
∞ Amen.
