21 mars 2025
La vigne du Seigneur portera du fruit
Aujourd’hui, le frère Jean-Louis Larochelle, O.P., nous invite à faire confiance au Seigneur, car, comme il le révèle dans la parabole d’aujourd’hui, sa vigne portera ses fruits, peu importe le chemin à prendre, les entraves ou les messagers.

LIVRE DU PROPHÈTE JÉRÉMIE (17, 5-10)
Ainsi parle le Seigneur : Maudit soit l’homme qui met sa foi dans un mortel, qui s’appuie sur un être de chair, tandis que son cœur se détourne du Seigneur. Il sera comme un buisson sur une terre désolée, il ne verra pas venir le bonheur. Il aura pour demeure les lieux arides du désert, une terre salée, inhabitable.
Béni soit l’homme qui met sa foi dans le Seigneur, dont le Seigneur est la confiance. Il sera comme un arbre, planté près des eaux, qui pousse, vers le courant, ses racines. Il ne craint pas quand vient la chaleur : son feuillage reste vert. L’année de la sécheresse, il est sans inquiétude : il ne manque pas de porter du fruit.
Rien n’est plus faux que le cœur de l’homme, il est incurable. Qui peut le connaître ? Moi, le Seigneur, qui pénètre les cœurs et qui scrute les reins, afin de rendre à chacun selon sa conduite, selon le fruit de ses actes.
ÉVANGILE DE JÉSUS CHRIST SELON SAINT LUC (16, 19-31)
En ce temps-là, Jésus disait aux pharisiens : « Il y avait un homme riche, vêtu de pourpre et de lin fin, qui faisait chaque jour des festins somptueux. Devant son portail gisait un pauvre nommé Lazare, qui était couvert d’ulcères. Il aurait bien voulu se rassasier de ce qui tombait de la table du riche ; mais les chiens, eux, venaient lécher ses ulcères.
« Or le pauvre mourut, et les anges l’emportèrent auprès d’Abraham. Le riche mourut aussi, et on l’enterra. Au séjour des morts, il était en proie à la torture ; levant les yeux, il vit Abraham de loin et Lazare tout près de lui.
« Alors il cria : “Père Abraham, prends pitié de moi et envoie Lazare tremper le bout de son doigt dans l’eau pour me rafraîchir la langue, car je souffre terriblement dans cette fournaise. – Mon enfant, répondit Abraham, rappelle-toi : tu as reçu le bonheur pendant ta vie, et Lazare, le malheur pendant la sienne. Maintenant, lui, il trouve ici la consolation, et toi, la souffrance. Et en plus de tout cela, un grand abîme a été établi entre vous et nous, pour que ceux qui voudraient passer vers vous ne le puissent pas, et que, de là-bas non plus, on ne traverse pas vers nous.”
« Le riche répliqua : “Eh bien ! père, je te prie d’envoyer Lazare dans la maison de mon père. En effet, j’ai cinq frères : qu’il leur porte son témoignage, de peur qu’eux aussi ne viennent dans ce lieu de torture !”
« Abraham lui dit : “Ils ont Moïse et les Prophètes : qu’ils les écoutent ! – Non, père Abraham, dit-il, mais si quelqu’un de chez les morts vient les trouver, ils se convertiront.” Abraham répondit : “S’ils n’écoutent pas Moïse ni les Prophètes, quelqu’un pourra bien ressusciter d’entre les morts : ils ne seront pas convaincus.” »
Homélie
Dans la liturgie du carême, nous rencontrons beaucoup de lectures rappelant la résistance souvent farouche que Jésus a rencontrée dans son ministère. Les grands prêtres, les scribes et les pharisiens se sont opposés à lui de manière continue. À ce point que les proches de Jésus, en particulier ses apôtres, pouvaient se demander si le plan de salut de Dieu pourrait se réaliser face à une résistance aussi forte et systématique. Une question s’imposait : les responsables religieux juifs réussiraient-ils à étouffer l’émergence du Royaume que Dieu que Jésus annonçait ?
Une partie de la réponse à cette question, nous la trouvons dans la parabole des vignerons homicides. Jésus s’y présente sous les traits du fils bien-aimé que le maître de la vigne, Dieu lui-même, envoie vers les vignerons, c’est-à-dire vers les chefs spirituels d’Israël. D’ailleurs, ces chefs religieux comprirent très bien que cette parabole de Jésus les visait explicitement. Elle les démasquait. Leur méchanceté et leur aveuglement étaient dévoilés.
Or, au cœur de cet affrontement avec les autorités religieuses, Jésus est venu affirmer que le plan de Dieu se réaliserait, que la vigne de Dieu produirait les fruits qu’on pouvait attendre d’elle. En d’autres mots, même si ses adversaires allaient réussir à faire disparaître le fils bien-aimé qu’il était, la vigne serait reprise en main par de vrais collaborateurs de Dieu, par des vignerons fidèles. D’ailleurs, dans le prolongement de la parabole, Jésus a affirmé : « N’avez-vous pas lu ce passage de l’Écriture ? La pierre qu’ont rejetée les bâtisseurs est devenue la pierre d’angle : c’est là l’œuvre du Seigneur, la merveille devant nos yeux ! » (Mt 21, 42) Par ces mots, Jésus annonçait le mystère pascal de sa mort-résurrection. Affirmation importante, car elle manifestait que Dieu réaliserait son plan de salut malgré les trahisons des autorités religieuses à qui il avait d’abord confié sa vigne. Dans l’esprit de Jésus, ces autorités seraient remplacées par ses disciples, puis par les femmes et les hommes qui, dans l’avenir, s’engageraient à sa suite. Ainsi les forces du bien et de la vie l’emporteraient. Dieu aurait le dernier mot.
Aujourd’hui, en lisant cette parabole, nous sommes invités à mettre notre confiance en Dieu même si nous avons le sentiment que l’Évangile est de moins en moins pris en considération par des populations entières. Les idéologies faisant la promotion d’une vision matérialiste du monde et d’un individualisme exacerbé semblent de plus en plus habiter l’esprit d’une large portion de nos contemporains. À cause de ce contexte, certains observateurs disent ouvertement que le christianisme est présentement engagé, du moins dans les pays occidentaux, dans une impasse et que sa présence se fera de moins sentir au sein des institutions qui façonnent la vie quotidienne. Autrement dit, les résistances à la vision évangélique de l’existence seront de taille, tout comme elles l’ont été lors des grandes crises religieuses que l’Église a connues dans le passé. En regard de cette réalité, nous ne devons pas oublier que l’Église a connu aussi des réveils religieux remarquables. Ces derniers ont été interprétés comme des signes de la volonté de Dieu de réaliser son plan de salut. C’est habités par ces expériences marquantes du passé que nous sommes invités, pour notre part, à faire confiance au Seigneur. Car, à sa manière, il réalisera ce qu’il a promis.
À l’occasion de notre Eucharistie de ce matin, redisons notre confiance. Et demandons au Seigneur de nous rendre capables de témoigner de notre foi malgré les contraintes sociales et culturelles qui sont souvent étouffantes pour nous. Retenons que la vigne du Seigneur continuera de porter des fruits, entre autres celui d’une communion de vie avec Dieu qui s’achèvera dans l’éternité bienheureuse.
Fr. Jean-Louis Larochelle, O.P.
PRIÈRE
Nous t’en prions, Dieu tout-puissant :
en ce temps où notre effort de pénitence nous purifie,
accorde-nous de parvenir dans la droiture de l’esprit
aux fêtes pascales qui approchent.
Par Jésus Christ, ton Fils, notre Seigneur,
qui vit et règne avec toi,
dans l’unité du Saint-Esprit,
Dieu, pour les siècles des siècles.
∞ Amen.